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La Femme de Trente ans, Balzac

 

L’ouvrage est divisé en six parties semblables à des chapitres néanmoins singulièrement reliées, dont l’incipit laisse planer un certain mystère sur l’identité des protagonistes mis en scènes. Les ellipses nombreuses présentent ainsi la vie de Mme d’Aiglemont et de sa famille comme une succession de tableaux, d’étapes qu’il nous est permis de contempler après les conséquences du temps. Cet aspect fragmentaire s’explique par la construction séparée des « épisodes », qui ont suscité certain questionnement lors de la publication, puisque « plusieurs personnes ont demandé si l’héroïne […] n’était pas sous divers noms le même personnage. », réclamant une unification.
Avec son roman, Balzac démontre les changements de la femme de trente ans au XIXème siècle, et loin de la considérer comme un être vieillissant, il la présente au contraire comme une créature accomplie, consciente de « son pouvoir et sa dignité », celle qui est capable d’instruire, de conseiller, de séduire, « elle obéit, elle prie et commande, elle s’abaisse et s’élève… ». Il extrait la femme de son carcan de mère et d’épouse, révèle ses espoirs secrets et désirs, abordant ainsi avec un nouveau regard le problème du mariage qui immole la jeunesse à l’amour passionné, osant dénoncer la solitude, la souffrance auxquelles elle se trouve contrainte par respect de la bienséance et de la vertu. Par cette révolution, l’écrivain bouscule les convenances de la bourgeoisie bien pensante, dépeignant plus que jamais la réalité, l’univers de ces femmes vouées au silence et à la résignation. Ecrit entre 1829 et 1842, l’ouvrage s’inscrit en effet au cœur de la révolution de 1830, et prend place dans la Comédie Humaine, au cœur de « La Psychologie du mariage ».

Cependant, le destin de l’héroïne se révèle loin d’être glorieux. Pleine de rêves et d’illusions, elle tombe amoureuse d’un officier, sans le connaître, et l’épouse à dix –huit ans. La déception, cette vie de femme rangée, si différence des exaltations de l’amour auxquelles elle s’attendait, provoqueront une lente agonie morale et physique. Rongée par la souffrance et les regrets, elle perd ainsi peu à peu tout souffle de vie et espoir de bonheur, elle perd sa fraîcheur et son innocence au profil de l’amertume, elle perd ses rêves et sombre dans un désenchantement complet, une vieillesse précoce.

    « La grande, la vraie douleur serait donc un mal assez meurtrier pour étreindre à la fois le passé, le présent et l’avenir, ne laisser aucune partie de la vie dans son intégrité, dénaturer à jamais la pensée, s’inscrire inaltérablement sur les lèvres et sur le front, briser ou détendre les ressorts du plaisir, en mettant dans l’âme un principe de dégoût pour toute chose de ce monde. »

Balzac distille avec finesse les pensées d’une femme en proie à la mélancolie la plus sombre. Le passé devient une obsession, source d’idéal inaccessible, temps où un avenir radieux semblait encore possible. La femme vit par les sentiments, pour les sentiments, son existence reste cérébrale. Cette affirmation m’a particulièrement interpellée par sa justesse :

    « Telle femme incapable de se rappeler les évènements les plus graves se souviendra pendant toute sa vie des choses qui important à ses sentiments. »


Emprisonnée par les convenances et l’incertitude de son destin, Julie se morfond, jusqu’à ce qu’un jeune médecin anglais croise sa route. A trente ans, un espoir resurgit… Le bonheur se présentera-il enfin ?…

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